Arts et sciences

LABOFACTORY
Jean-Marc Chomaz,
directeur de recherche au CNRS
et professeur à l'Ecole Polytechnique,
Laurent Karst, architecte designer,
en collaboration avec Julie Lafaurie-Janvore,
avec la participation d'Antoine Garcia, Caroline Frot, Gaétan Lerisson, Camille Duprat, Anouk Dagui, Evelina Domnitch, Dmitry Gelfand, Gaële Perret,
Arnaud Prigent et Jérôme Brossard

MANIFESTE DE BIFURCATION
Tania Le Goff, Olivier Di Pizio, artistes, et Pierre Carles,
Laboratoire Fluides, Automatique et Systèmes Thermiques, CNRS, Université Paris-Sud en collaboration avec Christian Delécluse, artiste et architecte, et XX-C, compositeur

Labofactory

Le groupe Labofactory, à travers ses recherches entre l'art et la science se positionne face aux questions sociétales, de l'homme au sein de son environnement, de notre rapport au temps, à l'espace, au vivant. Il cherche à révéler les forces telluriques qui déterminent notre trajectoire, notre ressenti, reprendre le feu aux Titans. Les trois installations présentées ici Exoplanet, L'Infini ou Redshift, Malevitch dialogue avec Takis mettent à l'épreuve notre capacité à comprendre certains phénomènes naturels, transforment la matérialité de la lumière. En forçant à l'adaptation à de nouvelles conditions sensorielles, elles provoquent des situations émotionnelles capables de faire ressentir d'une autre manière, les enjeux actuels. Elles tentent de refonder la vision et l'éthique des sciences et de l'art dans une narration du monde affirmant leur dualité.
Les gestes artistiques aussi bien que scientifiques, procèdent de la même interrogation des perceptions, de notre état de conscience, de gestes dérisoires et désespérés, essentiels et confiants, ils tentent de faire sens, de porter le regard au-delà du réel, au-delà de l'altérité. Ainsi la science, par une épure du réel et de sa modélisation, construction éventuellement complexe d'un nombre minimum de règles simples, est en premier lieu un geste profondément poétique, artistique. Il s'inscrit dans un imaginaire subjectif, spécifique et parcellaire construit à travers ce qui nous est percevable d'un environnement dont notre observation et notre appréhension sont limitées. Il explore un au-delà magnifié par l'émotion et la fascination que l'abstraction scientifique procure.
Symétriquement, la recherche artistique emprunte une démarche analogue, avançant par essais, erreurs et confrontations avec les observations du réel, mais s'autorise une intention plus vaste et sensible, libérée du paradigme de la preuve et de la beauté. Elle tente d'étendre ce qui est percevable de nos observables sensoriels ou augmentés afin de construire des représentations nouvelles, accessibles, comme en science, seulement à travers les émotions qu'elles procurent.

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Exoplanet


Labofactory, Jean-Marc Chomaz et Laurent Karst en collaboration avec Julie Lafaurie-Janvore, avec la participation d'Antoine Garcia, Caroline Frot, Gaétan Lerisson, Camille Duprat, Anouk Daguin et Evelina Domnitch & Dmitry Gelfand.

Un espace intime se déploie, n'est-il qu'imagination, un plasma issu de mon rêve. Voie lactée perçue de l'intérieur des fractures qui parcourent l'univers. Une lumière vacille, sillon bleu de ma mémoire, double spirale enroulée des origines, je me souviens d'une planète océan. Capturer la lumière et la libérer pour interroger la nuit. Je perpétue ce cycle oublié. Je suis cette planète d'un autre soleil dont tu crois percevoir le scintillement ultime. L'espace est replié il n'y a ni dehors ni dedans, je suis toi.
L'installation Exoplanet est une création pour le Salon Réalités Nouvelles 2015, elle interroge les nouvelles matérialités des sciences qui ont découvert des planètes extrasolaires, relançant le rêve de trouver la possibilité d'autres Iles, d'autres nous. Elle parle aussi de ces planètes modèles des univers mathématiques, imaginaires rendus tangibles dans la mémoire virtuelle de nos ordinateurs, scansion de zéros et de uns qui forment une image, une réalité augmentée.
La pièce est plongée dans le noir, le spectateur l'apprivoise et s'éveille. Une faible pulsation bleue. En s'approchant, il découvre un tourbillon de trainées lumineuse qui dessine un univers à hauteur de regard, succession de bandes ou de spirales qui s'accélèrent et s'échappent. Ces crépitements sont produits par l'excitation d'un phytoplancton, le Pyrocistis Noctiluca, qui absorbe le CO2 le jour par photosynthèse et synthétise une protéine, la luciférine, dont l'oxydation dans le cycle nocturne émet de la lumière. Ces éclats éphémères et erratiques donnent vie à la sphère de verre qui les stimule sans les imposer. Ils évoquent aussi bien la planète des origines où la photosynthèse des océans a coloré de bleu le ciel que le rôle que joue toujours le plancton en produisant l'oxygène de l'air. Par nouvelle Lune, la bioluminescence du plancton est visible depuis l'espace et éclaire les tourbillons de l'océan.

 

Exoplanet, un cosmos intime habité de la bioluminescence du phytoplancton Pyrocistis Noctiluca, création pour le Salon Réalités Nouvelles 2015

 

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Redshift n°2, Malevitch Dialogue avec Takis


Labofactory, Jean-Marc Chomaz et Laurent Karst
avec la participation d'Anouk Daguin

Est-ce la dilatation de l'espace, ou bien la lumière qui finit par se souvenir que l'Univers à un âge ou bien qu'il n'en a plus ? Mais les ombres que nos corps portent sur les galaxies lointaines se décalent inéluctablement vers le rouge, ne laissant sur nos silhouettes qu'une légère irisation de bleu. Comment retourner le temps pour éclairer l'Univers, étoile double de ton regard ? Le cri de l'absence contracte le vide. Les diaphanes lambeaux de nuit se mêlent aux vivants. Grandes voiles noires que le vent solaire gonfle, elles transforment le présent en une arche de fantômes.
Redshift est une installation de réalité augmentée purement analogique. Par un procédé optique, sans aucun recours à un artéfact numérique, elle permet aux spectateurs de se déplacer dans un espace où les ombres portées s'abstraient des surfaces sur lesquelles elles se forment et apparaissent comme des fantômes tridimensionnels. Comme si un repliement de l'univers avait mélangé les objets et leur empreinte négative. Ces formes planes, sortes d'ombres tridimensionnelles en suspension, se déplacent avec la source lumineuse. Par un retournement du temps, les rayons lumineux semblent parcourus en sens inverse et le procédé nous fait voir la scène du point de vue de la lumière. L'absence devient énergie noire rendue tangible par le décalage vers le rouge qu'elle provoque.
L'installation Redshift n°2, Malevitch dialogue avec Takis, est composée d'un carré blanc de 25.92 cm, avec le côté noir de 5.6 cm. Elle est soutenue à 160 cm du sol par une fine tige métallique de 3 mm et maintenue au-dessus par un aimant attaché au plafond par un filin, rappelant l'utilisation du champ magnétique par Takis. Le carré blanc est éclairé par une double lampe rouge et cyan à 150 cm de haut, à 1 mètre de distance du carré blanc, lui même se situant à 2 mètres du mur. La double lampe projette une ombre, noire avec des irisations rouges et cyans, formant un carré de 79.5x79.5 cm2, la taille exacte des peintures originales de Malevitch.
Le spectateur portant des lunettes 3D rouge et cyan perçoit l'ombre du carré blanc, non sur le mur mais comme un carré noir flottant dans l'espace, à même distance du spectateur que la distance de la lumière au carré blanc. Lorsque le spectateur s'approche, l'ombre noire se déplace devant lui et reste à la même distance au début devant le carré blanc, un peu de temps derrière. L'ombre du monochrome blanc est un monochrome noir dématérialisé, comme si la peinture de 1915 Le carré noir à bords blancs de Malevitch était passé dans une autre réalité, entraîné par un invisible magnétisme dans le sillage temporel du carré blanc peint trois ans plus tard. Ombre noire libérée du support sur lequel elle aurait dû se projeter, entrant dans l'abstraction ultime du retournement temporel.

Redshift n°2 : Malevitch dialogue avec Takis, dans l'exposition Black2 à la galerie rez Hodynka à Moscou, 2015

 

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L'infini : Ressauts versus tourbillons


Labofactory, Laurent Karst et Jean-Marc Chomaz
avec Gaële Perret, Arnaud Prigent et Jérôme Brossard

Deux souffles d'eau gardent la porte d'entrée d'un temple invisible. Deux phénomènes hydrauliques, un jet formant ressaut et un vide générant un tourbillon, sont associés, créant une alternance de lignes et spirales. Provoqués tous deux par la gravité, ils se répondent en écho : le ressaut alimente le tourbillon en eau. Si on représente le ressaut par un point et le tourbillon par un trait, la fontaine écrit le message ·− ··− −− soit "AUM" en morse, qui signifie "l'infini" en sanskrit, le début des Mathématiques et de la spiritualité. Un Infini, une alternance d'horizons noirs et blancs, d'un Univers en création, une résonance de la théorie des cordes donnant matérialité à l'absence.

L'infini : Ressauts versus tourbillons, exposée au Muséum d'histoire Naturelle du Havre, 2014


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Manifeste de Bifurcation


Tania Le Goff et Olivier Di Pizio, artistes
Pierre Carles, Laboratoire Fluides, Automatique et Systèmes Thermiques,
CNRS, Université Paris-Sud en collaboration avec Christian Delécluse, artiste et architecte, et XX-C, compositeur

Manifeste de Bifurcation est une fontaine dont les jets d'eau se figent sous l'effet de vibrations mécaniques coordonnées à un stroboscope.
Son titre est une double piste : une bifurcation intervient lorsqu'un petit changement d'un paramètre physique produit un changement majeur dans l'organisation du système. Il fait référence au travail d'Ilya Progorine pour qui le non-équilibre pouvait jouer un rôle organisateur. En écho, le manifeste du surréalisme d'André Breton pour qui « L'imaginaire, c'est ce qui tend à devenir réel ».

Un projet soutenu par la diagonale de Paris-Saclay

 

Michelle WINCKLERCaroline CASSELMedjid HOUARIDanielle LESCOTLiliane HEIDELBERGERPaul SARRASSATKhédija ENNIFER-COURTOISMarilyn Chapin MASSEYBernard POURCHETPam AITKENValérie FANCHINIVincent DE MONPEZATJoanick BECOURTClaude GESVRET